Prescription créance commerciale : délais, interruption et guide complet 2026
Une facture impayée ne reste pas indéfiniment exigible. Au-delà d'un certain délai, la créance est prescrite : le débiteur peut refuser de la payer sans que le créancier dispose du moindre recours judiciaire. Pour les entreprises, cette règle est l'une des plus brutales du droit commercial — et l'une des plus mal comprises. Ce guide explique en détail le délai de prescription des créances commerciales en 2026, ses points de départ, les mécanismes d'interruption et de suspension, et les aménagements possibles dans les contrats. À l'attention des dirigeants, DAF, comptables et freelances.
1. Définition : qu'est-ce que la prescription extinctive ?
La prescription extinctive est un mécanisme du Code civil par lequel un créancier perd le droit d'exiger en justice le paiement d'une dette après un certain laps de temps. Le débiteur n'est pas libéré de son obligation morale, mais il dispose d'une fin de non-recevoir opposable au créancier qui voudrait l'attaquer après le délai.
L'objectif de la prescription est triple : sécuriser les situations juridiques dans le temps, sanctionner la négligence du créancier qui aurait dû agir, et éviter que des litiges trop anciens ne saturent les tribunaux. Pour le créancier, cela signifie une chose : agir vite, ou voir sa créance s'évaporer.
2. Le délai de droit commun : 5 ans (article L110-4)
L'article L110-4 du Code de commerce fixe le principe : « Les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes. »
Ce délai de 5 ans est la règle générale pour la grande majorité des créances commerciales B2B en France :
- Factures de prestations de services entre professionnels
- Ventes de marchandises entre commerçants
- Contrats de sous-traitance
- Honoraires de freelances et indépendants facturés à des entreprises
- Loyers commerciaux et baux professionnels
Avant la réforme de 2008, le délai était de 10 ans en matière commerciale. Aujourd'hui, il a été aligné sur le droit commun civil — ce qui réduit considérablement la fenêtre d'action des créanciers négligents.
3. Point de départ du délai : quand le compteur démarre
Le point de départ du délai de prescription est défini par l'article 2224 du Code civil : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. »
En pratique pour une facture commerciale, le compteur démarre à la date d'exigibilité de la facture, c'est-à-dire le lendemain de la date d'échéance figurant sur la facture. Si vous facturez avec un paiement à 30 jours fin de mois et que l'échéance tombe le 31 mars 2026, la prescription court à partir du 1er avril 2026 et la créance sera prescrite le 1er avril 2031 à minuit.
Cas des prestations récurrentes
Pour un abonnement mensuel ou trimestriel, chaque facture a son propre point de départ. Une facture de janvier 2026 se prescrit au 1er février 2031, indépendamment de la facture de février 2026 qui se prescrit au 1er mars 2031. Si vous découvrez en avril 2031 qu'un client n'a pas payé toute l'année 2026, vous pourrez encore agir sur les factures de mars à décembre 2026 — mais celles de janvier et février 2026 sont définitivement perdues.
Cas des prestations occultes ou tardivement connues
Si un créancier ignorait l'existence de sa créance (par exemple, une erreur de facturation découverte tardivement), le point de départ peut être reporté à la date de la découverte. Mais le délai butoir absolu reste fixé à 20 ans à compter de la naissance du droit (article 2232 du Code civil).
4. Cas particuliers : B2C (2 ans), copropriété (10 ans), autres
Le délai de 5 ans n'est pas universel. Plusieurs régimes spéciaux raccourcissent ou allongent ce délai selon la nature de la créance et la qualité des parties.
Créances B2C : 2 ans (article L218-2 Code de la consommation)
Quand un professionnel facture un consommateur (particulier), le délai de prescription est ramené à 2 ans. Ce délai protecteur s'applique à toutes les factures destinées à des personnes physiques agissant à des fins non professionnelles. C'est particulièrement important pour les artisans, professions libérales et e-commerces qui mélangent clientèle pro et particuliers.
Conséquence pratique : une facture émise à un particulier en janvier 2026 doit faire l'objet d'une action en justice avant janvier 2028, sous peine d'être prescrite. La fenêtre d'action est nettement plus courte qu'en B2B.
Charges de copropriété : 10 ans
Pour les syndics et conseils syndicaux, les appels de charges de copropriété bénéficient d'un délai dérogatoire de 10 ans (article 42 de la loi du 10 juillet 1965). Ce délai exceptionnellement long compense le caractère collectif de la gestion immobilière.
Autres délais spéciaux à connaître
- Transport routier de marchandises : 1 an (article L133-6 Code de commerce)
- Lettre de change / billet à ordre : 3 ans (article L511-78 Code de commerce)
- Honoraires d'avocat envers un particulier : 2 ans
- Salaires et indemnités du salarié : 3 ans (article L3245-1 Code du travail)
- Cotisations sociales (URSSAF) : 3 ans
- Impôts (recouvrement par le Trésor) : 4 ans
- Créances reconnues par un jugement : 10 ans (article L111-4 Code des procédures civiles d'exécution)
5. Interruption de la prescription : remettre le compteur à zéro
L'interruption est le mécanisme qui efface complètement le temps déjà écoulé et fait repartir le délai depuis le début. C'est l'arme principale du créancier pour préserver ses droits. Trois actes interruptifs sont définis par le Code civil.
1. La mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR)
L'envoi d'une mise en demeure en LRAR interrompt le délai de prescription. C'est l'action la plus simple et la moins coûteuse. La date qui compte est celle de l'envoi (cachet de la poste), pas celle de la réception. Voir notre guide complet sur la mise en demeure d'une facture impayée avec modèles gratuits.
Attention : une simple relance par email ou téléphone n'interrompt PAS la prescription. Seul un acte formel (LRAR ou acte d'huissier) produit cet effet.
2. L'action en justice (assignation, requête en injonction de payer)
Le dépôt d'une action en justice interrompt définitivement la prescription. Une requête en injonction de payer, une assignation au tribunal de commerce ou tout autre acte de saisine d'un juge produit cet effet. Le délai redémarre à partir de la décision définitive (jugement non frappé d'appel ou arrêt définitif).
3. La reconnaissance de dette par le débiteur
Si le débiteur reconnaît expressément la dette — par écrit, par paiement partiel, par demande de délais, ou même par accusé de réception d'une demande de paiement — la prescription est interrompue et repart pour un nouveau cycle complet de 5 ans (ou 2 ans en B2C).
C'est pourquoi un échéancier négocié à l'amiable ou un simple email du débiteur disant « nous allons régulariser sous quinzaine » remettent le compteur à zéro. Conservez précieusement ces preuves : un email horodaté du débiteur reconnaissant la créance est une assurance vie pour votre dossier.
6. Suspension : mettre le compteur en pause
La suspension diffère de l'interruption : elle gèle le compteur pendant la durée de l'événement, puis le délai reprend là où il s'était arrêté. Les principales causes de suspension prévues par le Code civil sont :
- La médiation ou la conciliation conventionnelle : tant que la procédure de médiation est en cours, le délai est suspendu (article 2238)
- La procédure participative : convention de procédure participative signée entre les parties (article 2238)
- L'impossibilité d'agir : situation de force majeure ou ignorance légitime du droit
- Les mineurs et majeurs protégés : la prescription est suspendue à leur encontre
La suspension est utile quand un litige se résout en plusieurs mois et que le créancier veut éviter que la prescription ne court pendant les négociations. Une lettre de mise en place d'une médiation conventionnelle vaut donc à la fois protection de la créance et démarche amiable de bonne foi.
7. Aménagement contractuel : ce que vos CGV peuvent prévoir
L'article 2254 du Code civil autorise les parties à aménager contractuellement le délai de prescription, dans des limites précises :
- Réduction possible jusqu'à 1 an minimum (au-delà : nullité de la clause)
- Allongement possible jusqu'à 10 ans maximum en matière commerciale
- Interdiction d'aménager en B2C : la clause est nulle dans un contrat conclu avec un consommateur
En pratique, les créanciers ont intérêt à allonger le délai (10 ans maximum) dans leurs CGV pour disposer d'une plus grande marge de manœuvre. Les débiteurs, à l'inverse, pourraient vouloir le réduire — mais c'est rare en pratique car cela signalerait une volonté de ne pas payer.
Exemple de clause d'aménagement à insérer dans vos CGV
« Conformément à l'article 2254 du Code civil, les parties conviennent que les actions nées du présent contrat se prescrivent par dix (10) ans à compter de la date d'exigibilité de chaque facture, sauf disposition légale impérative contraire. »
Cette clause double votre fenêtre d'action sans contrepartie pour le débiteur. Voir notre guide complet du recouvrement amiable pour intégrer cette protection à votre arsenal contractuel.
8. Tableau récapitulatif par type de créance
| Type de créance | Délai légal | Texte applicable | Aménagement possible |
|---|---|---|---|
| Facture B2B (commercial) | 5 ans | L110-4 Code de commerce | 1 an min / 10 ans max |
| Facture B2C (consommateur) | 2 ans | L218-2 Code de la consommation | Interdit (clause nulle) |
| Charges de copropriété | 10 ans | Art. 42 loi 1965 | Non |
| Transport routier | 1 an | L133-6 Code de commerce | Limité |
| Lettre de change | 3 ans | L511-78 Code de commerce | Non |
| Honoraires avocat / B2C | 2 ans | Loi 1971 | Non |
| Loyer commercial | 5 ans | L110-4 Code de commerce | 1 an min / 10 ans max |
| Salaires (salarié) | 3 ans | L3245-1 Code du travail | Non |
| Créance reconnue par jugement | 10 ans | L111-4 CPCE | Non |
9. Stratégie pratique pour ne jamais laisser une créance se prescrire
La règle d'or : une créance qui se prescrit est une faute professionnelle. Voici la check-list opérationnelle pour les PME et freelances.
Niveau 1 : prévention contractuelle
- Insérer une clause d'aménagement à 10 ans dans vos CGV B2B
- Faire signer les bons de commande et les devis (preuve écrite de la créance)
- Conserver toutes les pièces (factures, bons de livraison, accusés de réception) pendant 10 ans minimum
Niveau 2 : surveillance opérationnelle
- Tenir une balance âgée à jour avec colonne « date d'exigibilité » et « date de prescription »
- Alerter automatiquement à 3 ans + 6 mois d'âge (avant la prescription)
- Conserver les preuves d'interruption (LRAR avec AR signé, copies des actes d'huissier, emails du débiteur reconnaissant la dette)
Niveau 3 : action graduée
- Dès 30 jours de retard : relance email + appel
- Dès 60 jours de retard : mise en demeure par LRAR (1re interruption)
- Dès 90 jours : tentative d'accord amiable + relance ferme
- Dès 6 mois : action judiciaire (injonction de payer ou assignation)
- Au moins une LRAR ou un acte interruptif par an tant que la créance est non éteinte
Le rôle décisif de l'agent IA
Un agent IA de recouvrement comme Katalyz suit en continu l'âge de chaque créance dans la balance âgée et déclenche automatiquement les actes interruptifs avant le seuil critique. Pour une PME qui gère des centaines de factures, c'est la seule façon réaliste de ne jamais laisser une créance se prescrire. La surveillance manuelle est intrinsèquement faillible : un congé maternité, un changement de comptable, un déménagement de bureau, et plusieurs créances peuvent passer en prescription sans alerte.
Questions fréquentes
Quel est le délai de prescription d'une facture impayée en B2B ?
Cinq ans à compter du lendemain de la date d'échéance de la facture, conformément à l'article L110-4 du Code de commerce. Ce délai s'applique entre commerçants et entre commerçants et non-commerçants pour des obligations nées à l'occasion du commerce.
Quel est le délai de prescription pour une facture à un particulier ?
Deux ans seulement, conformément à l'article L218-2 du Code de la consommation. Ce délai protecteur du consommateur s'applique dès qu'un professionnel facture un particulier. La fenêtre d'action est donc nettement plus courte qu'en B2B.
Comment interrompre le délai de prescription d'une créance ?
Trois moyens : (1) envoyer une mise en demeure en LRAR, (2) introduire une action en justice, ou (3) obtenir une reconnaissance de dette du débiteur. Chaque acte remet le compteur à zéro pour un nouveau cycle complet.
Une relance par email ou téléphone interrompt-elle la prescription ?
Non. Seuls les actes formels prévus par le Code civil interrompent la prescription : LRAR, acte d'huissier, action en justice ou reconnaissance écrite de la dette. Une relance email ou téléphone, même répétée, ne produit aucun effet juridique sur le délai.
Peut-on allonger contractuellement le délai de prescription ?
Oui, jusqu'à 10 ans maximum en matière commerciale (article 2254 du Code civil). En B2C, toute modification du délai est interdite (clause nulle de plein droit).
Que faire si ma créance est sur le point d'être prescrite ?
Agir immédiatement par un acte interruptif : LRAR (le plus simple) ou requête en injonction de payer (le plus sûr). Un email ou un appel sont juridiquement inutiles.
Une créance prescrite peut-elle quand même être payée ?
Oui. La prescription éteint le droit d'action en justice, mais pas l'obligation morale. Si le débiteur paie volontairement, il ne peut pas réclamer son remboursement (article 2249 du Code civil).
Ne laissez pas vos créances se prescrire
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